Le 30 avril 2026, Lisa Lambert, présidente-directrice générale d’Industrie Quantique Canada (IQC), a comparu à titre de témoin devant le Comité permanent de l’industrie et de la technologie (INDU) de la Chambre des communes dans le cadre de son étude sur les « possibilités, les risques et la réglementation de l’intelligence artificielle dans les industries stratégiques du Canada ».
Sa déclaration d’ouverture met de l’avant un message central : l’IA et la quantique sont des technologies distinctes, avec des capacités, des échéanciers, des risques et des implications différentes sur le plan des politiques publiques — et les traiter comme une seule et même catégorie crée des risques réels, tant dans les politiques que dans leur mise en œuvre.
Le témoignage souligne également la convergence croissante entre l’IA, le calcul haute performance et les systèmes quantiques; l’urgence d’agir de manière coordonnée en matière de cybersécurité post-quantique; ainsi que l’importance de faire en sorte que le Canada transforme ses forces précoces en quantique en avantage stratégique et économique durable.
Déclaration d’ouverture de la PDG d’IQC devant le Parlement : Si nous traitons la quantique comme l’IA, nous nous trompons sur les deux
« Monsieur le président, Mesdames et Messieurs les membres du Comité, merci de me donner l’occasion de comparaître aujourd’hui.
Vous étudiez l’intelligence artificielle. Permettez-moi de commencer en clarifiant un point souvent mal compris dans les discussions de politiques publiques : l’IA et la quantique sont des technologies distinctes, et les regrouper dans une même catégorie crée des risques réels, tant sur le plan des politiques que de leur mise en œuvre.
L’IA consiste à apprendre à partir des données — identifier des tendances, faire des prédictions et automatiser la prise de décision à l’aide des infrastructures informatiques actuelles.
La quantique, elle, est d’une nature fondamentalement différente. Il s’agit d’une nouvelle manière de traiter l’information sur de nouvelles architectures matérielles — rendant accessibles certaines catégories de problèmes d’une manière entièrement nouvelle, y compris des problèmes qui sont aujourd’hui hors de portée.
La quantique inclut également les capteurs et les communications, ouvrant de nouvelles possibilités pour détecter, naviguer et sécuriser notre environnement. Toutefois, dans le cadre de cette discussion, je me concentrerai principalement sur l’informatique quantique.
Si l’IA consiste à extraire des connaissances à partir des données, l’informatique quantique consiste à élargir le champ du possible en matière de calcul.
Il s’agit de technologies distinctes, avec des capacités, des échéanciers, des risques et des besoins en matière de politiques publiques différents. Les regrouper indistinctement comporte des risques : mauvaise évaluation des risques, mauvaise application de la réglementation et incapacité à saisir les occasions et les vulnérabilités propres à chacune.
Ces technologies sont également complémentaires. L’IA accélère le développement de la quantique, et l’avenir du calcul ne reposera pas sur le remplacement d’une technologie par une autre, mais sur leur convergence : IA, calcul haute performance et quantique travaillant ensemble. À mesure que l’IA prend de l’ampleur, des limites émergent en matière d’énergie, de coûts et de capacité de calcul. L’informatique quantique offre, à terme, des pistes pour dépasser certaines de ces contraintes.
D’autres pays investissent déjà de manière coordonnée dans cette convergence. Le Canada possède les atouts nécessaires pour être un leader — une expertise reconnue en IA, un écosystème quantique de calibre mondial et une solide capacité en calcul — mais il lui manque aujourd’hui une stratégie pleinement intégrée qui considère ces technologies dans leur ensemble, plutôt que de les traiter en silos, et qui tire pleinement parti de ses forces en quantique. Cela signifie intégrer et mettre à l’échelle les champions canadiens du quantique comme un élément central de notre stratégie en matière de calcul de pointe.
Permettez-moi maintenant d’aborder un enjeu transversal à vos travaux : la cybersécurité.
L’IA et la quantique progressent désormais selon des trajectoires convergentes — menaçant déjà l’intégrité de nos systèmes.
L’IA transforme déjà la nature des cyberattaques.
Parallèlement, des acteurs malveillants collectent aujourd’hui des données chiffrées — communications gouvernementales, données financières, propriété intellectuelle sensible — en prévision de pouvoir les décrypter lorsque les ordinateurs quantiques auront atteint leur maturité. Ce n’est pas une menace future. C’est une réalité actuelle.
Le Canada a franchi une étape importante. En juin 2025, le Centre canadien pour la cybersécurité a publié sa feuille de route pour la migration vers la cryptographie post-quantique. Les plans de migration ministériels étaient attendus ce mois-ci — en pratique, aujourd’hui même. Les systèmes gouvernementaux prioritaires devront être sécurisés d’ici 2031.
La question est maintenant celle de l’exécution, car il ne s’agit pas seulement d’une migration. C’est une occasion générationnelle de renforcer nos fondations cryptographiques afin de les rendre plus agiles et plus résilientes face à un environnement de menaces en évolution rapide.
La feuille de route du Centre pour la cybersécurité couvre les infrastructures informatiques fédérales. Or, la sécurité économique et nationale du Canada repose sur un écosystème beaucoup plus vaste : les infrastructures critiques, les systèmes financiers, les chaînes d’approvisionnement et les PME qui en font partie.
Dans un système interconnecté, le risque est déterminé par le maillon le plus faible.
Le gouvernement doit maintenant envoyer un signal clair et urgent que cette transition concerne l’ensemble de l’économie, et non seulement les ministères fédéraux. Cela signifie utiliser l’approvisionnement public — déjà identifié dans la feuille de route — pour faire évoluer le marché, étendre les attentes aux infrastructures critiques et s’assurer que le Canada dispose des capacités nécessaires pour agir — non seulement définir une orientation, mais aussi bâtir les capacités et la coordination requises pour la mettre en œuvre.
Si nous réussissons, nous ferons plus que réduire un risque. Nous établirons une base de confiance essentielle à l’adoption de l’IA, au déploiement de la quantique, à la résilience économique et à la sécurité nationale. De nombreuses entreprises canadiennes sont déjà des leaders dans le développement des solutions quantiques sécurisées requises. Il s’agit à la fois d’un impératif de sécurité et d’une occasion commerciale.
Trois points à retenir.
Premièrement, l’IA et la quantique sont des technologies distinctes et doivent être traitées comme telles dans les politiques et la réglementation, tout en reconnaissant leur convergence croissante.
Deuxièmement, l’avenir du calcul repose sur la convergence de l’IA et de la quantique, et le Canada a les atouts pour être un leader — à condition d’agir rapidement pour mettre à l’échelle ses forces en quantique, afin que son leadership précoce se traduise en avantage durable.
Troisièmement, en matière de cybersécurité, les plans fédéraux étaient attendus ce mois-ci. Le moment de se préparer est maintenant. Le rôle de ce comité est de s’assurer que l’exécution et la responsabilisation suivent — à l’échelle du gouvernement et de l’ensemble de l’économie.
Je vous remercie. Je serai heureuse de répondre à vos questions. »

